Instituto Terra ou comment reboiser une terre déboisée.

Instituto Terra ou comment reboiser une terre déboisée.

31 juillet 2019 0 Par Joëlle HENROT

🕒 5 min ; 🎥 5:47

L’Instituto Terra, qu’est-ce que c’est et comment est-il né ? Revenant du Rwanda en tant que reporter-journaliste pendant le génocide de 1994, le Franco-Brésilien Sebastião Ribeiro Salgado décide de reboiser sa ferme familiale au Brésil, avec sa femme Lélia. En effet, la superficie s’est complètement transformée en terrain désertique, due à la déforestation. Qui plus est, la tâche s’annonce ardue et titanesque. Alors, pour donner vie à leur projet, ils fondent quatre ans plus tard, l’association Instituto Terra.

  Sebastião Ribeiro Salgado et sa femme Lélia Instituto Terra porfolio
Sebastião Ribeiro Salgado et sa femme Lélia

Instituto Terra : le point de départ de cette aventure

Pour commencer, Sebastião Ribeiro Salgado naît au Brésil en 1944, dans l’État fédéré du Minas Gerais, à une époque où cette contrée n’est pas encore envahie par l’étiquette industrielle. Il grandit dans la ferme familiale, entourée d’une majestueuse forêt tropicale. Plus tard, il quitte sa maison à 15 ans pour ses études. À ce moment-là, le Brésil commence à s’industrialiser. Attiré par les questions politiques de son pays, Sebastião devient un activiste. C’est à cette période qu’il rencontre sa future femme, Lélia.

Puis, étant jeunes adultes, Sebastião et Lélia quittent leur terre natale au moment où le Brésil est sous régime dictatorial et s’installent en France. Une fois sur place, ils y étudient respectivement l’économie et l’architecture. Quelques années plus tard, la passion pour la photographie chope Sebastião comme un virus. En tant que reporter, il crée différents concepts, en portant un regard aiguisé sur l’humanité.

Instituto Terra : l'impact du génocide du Rwanda

Pendant la guerre au Rwanda, il est sur place en tant que journaliste. En l’occurrence, le choc des événements est tel, que cela lui cause des soucis de santé. Au point qu’il abandonne son reportage pour rentrer dans son pays d’origine. À son retour, il hérite de la terre familiale, devenue aussi aride qu’il se sent mort. Qui plus est, cette terre de plus de 700 hectares, nourrissant jadis un bétail conséquent, se retrouve dénudée. Avec comme conséquences, la fuite des animaux sauvages et l’assèchement des cours d’eau, ainsi que l’érosion du paysage. De plus, les troupeaux sont réduits drastiquement. D’une forêt tropicale ne restent que des pierres sèches. C’est alors que Lélia l’incite à reconquérir son paradis d’enfance, en replantant les arbres. En fait, il faut reconstituer TOUT l’environnement.

  l'Instituto Terra désertique en 1994 photo en noir et blanc
Ferme familiale de Sebastião Ribeiro Salgado avant la reforestation, 1994

Instituto Terra : la naissance du projet

Ainsi naquit cette gigantesque ambition. Avec le concours d’un ami ingénieur paysagiste, ils s’attellent à reproduire les multiples espèces d’écorce qui peuplaient l’endroit, pour le reboiser à l’identique. À l’époque, les débuts sont balbutiants, avec beaucoup d’échecs. Mais petit à petit, avec patience et persévérance, ils parviennent à rebâtir la forêt. Après cela, d’une centaine de milliers d’arbres plantés en amont, ils finissent par en arborer 2,7 millions. Pour ce faire, ils réussissent à recréer l’écosystème disparu, en regroupant près de 300 espèces d’arbustes, toutes locales.

  l'Instituto Terra reboisé en 2012
Domaine de l'Instituto Terra, Après la reforestation, 2012

La création de l'Instituto Terra

C’est alors que la vie sauvage reprend rapidement ses droits. Très vite,  le besoin de protéger cette réussite se fait ressentir, en créant un parc national. En parallèle, ils mènent une campagne environnementale d’envergure pour récolter les fonds financiers, nécessaires à la reforestation. Grâce à ce projet, Sebastião reprend goût à la photographie et de nouvelles idées photographiques refleurissent, en rapport avec l’association. C’est ainsi qu’elle voit le jour en 1998. Instituto Terra est né.

  Le pic champêtre Instituto Terra
Le pic champêtre

Enseignements

  fourmilier à colerette Instituto Terra
Le Tamandou tétradactyle ou fourmilier à collier

Par la suite, l’établissement accueille des groupes d’élèves et des stagiaires de tous les horizons, pour dispenser ses expériences et ses connaissances. En outre, l’enjeu de base consiste à faire prendre conscience de la nécessité primordiale de protéger nos forêts. Parce qu’elles sont les seules capables de transformer le CO2 en oxygène. De plus, les arbres sont les seuls à capturer le carbone que nous produisons. Enfin, le système d’irrigation naturel ne peut se réaliser que par leur présence. À travers leurs racines, ils captent l’eau et la retiennent. Aussi, leurs branches et leurs feuilles produisent de l’humidité. Ainsi renaissent dans leurs lits les cours d’eau.

Programmes et aboutissements

De la même manière, promouvoir leurs techniques auprès des agriculteurs avoisinants, fait aussi partie de leur programme. C’est ainsi qu’ils récupèrent une terre cultivable et productive pour leur bétail. À partir de là, les vaches redonnent du lait, grâce à la croissance des arbres, des pâtures et le retour de l’eau. De plus, la faune et la flore réapparaissent et se diversifient, comprenant des centaines d’espèces différentes, sur toute la surface replantée. En conséquence, l’institut devient un laboratoire technologique et environnemental pour l’étude de cette diversité renaissante. Comme il se doit, son influence bénéfique dépasse les frontières et est reconnue auprès des autorités territoriales. En conclusion, reboiser un sol mort est réalisable et bénéfique.

  L'oppossum du Brésil Instituto Terra
L'opossum est un marsupial appelé aussi sarigue

Les résultats de l'Instituto Terra

Les chiffres

Depuis 2001, 17 000 étudiants ont été accueillis dans l’établissement.

Ensuite, 100 écoles publiques de 5 municipalités sont représentées par 750 enfants et 1000 éducateurs, qui sont passés par l’institut. Par extension, leur influence dans leur milieu social et familial, joue un rôle essentiel à l’éducation de la préservation de la nature.

Enfin, 10 élèves collégiens sont pris en charge chaque année. Ils ressortent diplômés en tant que spécialistes environnementaux en développement durable.

  Évolution du territoire de l'Instituto Terra, de 2000 à 2012
L'évolution du chantier entre 2000 et 2012

Le projet Aimorés

De plus, 300 agriculteurs ont déjà bénéficié des programmes faisant partie du projet Aimorés. Celui-ci leur propose des cours, des missions, des conférences et des visites techniques. D’ailleurs, la réapparition de l’eau leur a permis de reprendre la culture locale.

  Orchidée Instituto Terra
Une magnifique orchidée composée de 4 fleurs roses

La nurserie

  Insecte butinant fleur jaune Instituto Terra
La pollinisation par les insectes

Grâce à ses efforts, l’Instituto Terra possède une nurserie d’une capacité de 700,000 plants d’arbres, qui permet la reforestation, non seulement de l’institut, mais aussi des paysages alentour, appartenant aux fermiers.

Les espèces réapparues

À ce jour, 2,7 millions d’arbres ont été replantés. Également, 293 espèces sont répertoriées et produites pour être réintroduites dans l’écosystème. De plus, 172 espèces d’oiseaux, 15 espèces de reptiles et d’amphibiens et 33 espèces de mammifères, dont le jaguar, sont réapparus dans cet environnement. Pour finir, les cours d’eau ont resurgi et le climat local s’est amélioré.

  Le jaguar couché dans l'herbe Instituto Terra
Le jaguar est réapparu sur le territoire

Au final

Pour résumer, 11 années d’expériences leur ont permis d’homologuer leur savoir-faire, réplicable à volonté, de par le monde. C’est la raison pour laquelle ils sont aujourd’hui, experts en restauration de l’écosystème, en éducation et extension environnementales, en production de semis et en recherche appliquée.

Il est indéniable que des solutions pérennes existent pour réparer nos actes de destruction. À nous d’en prendre conscience et de pousser nos gouvernements à entamer le processus de réhabilitation de Dame nature, car l’homme ne peut survivre sans la forêt.